J'avais une envie de sous-bois, de promenade dans la lumière finissante dans un chemin creux. Alors j'ai roulé vers la Haute-Provence et je me suis arrêté dans une ancienne carrière au bord de la route. Un chemin de galet m'a guidé vers les collines.J'ai enjambé des arbres à demi-morts en touchant avec bonheur leur tronc et les branches moussus. J'ai vu se dresser des arbres sorciers dans les derniers rayons. En me frayant un passage, je me suis cru dans un conte pour enfants.
Mais il y avait tous ces galets pour me guider, ces branches à pousser, ces bruits d'oiseaux dérangés qui s'envolaient en criant et aucune griffe pour me retenir.
J'avais dans le nez une odeur de champignons sans les voir. Je pensais à mon père Gilbert et à son amour des "pinins", autrement dit les sanguins ou lactaires délicieux qu'il ramassait sur les pentes du Ventoux. Il aimait l'automne et ses plaisirs de "bascule", les champignons et la chasse, l'attente au poste, la passée et le hasard qui vous fait tomber sur une colonie de sanguins sous les aiguilles de pins. Je rêvais de tomber sur un sanglier fouisseur en pleine dégustation.
En avançant dans ce chemin inconnu, je me suis souvenu de tant d'autres promenades, tant d'autres errances. Dans les combes de La Gabelle dans les taillis de chêne où je tombais parfois sur un hameau oublié, des fermes dont les habitants semblaient être partis la veille. Dans les calanques de Marseille quand les pins parasols et les genêts faisaient comme un cocon. Dans le chemin qui monte vers le sancutaire de la Sainte-Baume, à découvrir des ifs et des hêtres, dans l'ombre humide d'un ubac. Dans cette forêt vestige, j'avais l'impression de monter à la rencontre des druides.
Et là, dans ces monts de Vaucluse, j'étais le dernier hôte de la forêt avant la nuit. J'étais exilé volontaire au pays des feuilles mortes et de la vie en putréfaction. J'étais comme un Grand Poucet qui se cherche un "il était une fois", une histoire au lourd fumet.
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